Enquête Exclusive

Tensions raciales aux USA : le retour des vieux démons

Aux États-Unis, les tensions raciales semblent plus vives que jamais entre certains membres des communautés noire et blanche. Et les récents évènements de Charlottesville (Virginie), qui ont vu s'affronter groupes d'extrême droite et manifestants antiracistes, ont confirmé cette tendance : l'Amérique est de plus en plus divisée. Serait-ce le retour des vieux démons du racisme et de la ségrégation raciale ? Dans de nombreux états, surtout dans le sud du pays, les deux communautés ne se mélangent pas. Elles ne fréquentent ni les mêmes quartiers, ni les mêmes écoles. Bâton-Rouge, la capitale de la Louisiane, est coupée en deux : au nord, les quartiers pauvres et noirs, au sud, les quartiers riches et blancs. Et la mort d'Alton Sterling, un père de famille afro-américain, tué par deux policiers blancs alors qu'il était à terre, a rendu la situation explosive. Des organisations suprémacistes noires ont appelé à la vengeance. Quelques jours après la mort d'Alton Sterling, trois policiers blancs étaient assassinés. Depuis, Silky Slim, ex chef de gang devenu activiste de la cause noire, parcourt chaque nuit les rues de la ville avec sa caméra pour surveiller les policiers locaux et dénoncer les éventuelles bavures. Il faut dire que la police américaine semble avoir la gâchette facile quand il s'agit d'Afro-américains. Deux cent trente-trois Noirs ont été tués par la police l'an dernier, proportionnellement trois fois plus que de Blancs. La présidence Obama achevée, c'est le rêve d'une Amérique apaisée et égalitaire qui s'éloigne. Le taux de chômage de la population noire aux États-Unis est deux fois supérieur à celui des Blancs. Les écarts de revenus ne cessent de se creuser. Et lorsque des membres de la communauté noire réussissent, ils préfèrent rester de leur côté. Ces dernières années, une haute bourgeoisie afro-américaine s'est ainsi développée à part. Dans l'état du Maryland, près de Washington, hommes d'affaires, chefs d'entreprises, banquiers et avocats internationaux - tous exclusivement noirs - se sont installés dans le même quartier. Ils ont décidé de ne vivre et de ne travailler qu'entre eux, sans aucun contact avec la communauté blanche. Un communautarisme assumé en réponse au racisme dont ils se disent victimes et aux provocations des leaders du Ku Klux Klan et des partis néo-nazis qui réclament des Etats séparés en fonction de la couleur de la peau. Deux communautés, deux univers souvent opposés dans cette Amérique du XXIe siècle. Mais heureusement, certaines mentalités semblent évoluer. Même s'ils ne représentent que 4% du nombre total de mariages, jamais les mariages mixtes n'ont été aussi nombreux aux États-Unis.