Enquête Exclusive

Résidences fermées : les nouveaux ghettos de riches

Les nouveaux riches, les patrons, les célébrités et autres héritiers de grandes fortunes ne se mélangent plus. Ils vivent désormais ensemble, à l'abri des autres, dans des résidences fermées et sécurisées. On les appelle les « Gated Communities » (résidences fermées en français). Il y en a désormais partout dans le monde. La plupart de ces résidences fermées accueillent des dizaines, voire des centaines de maisons ultra-luxeuses. Elles proposent généralement des salles de sports, un golf, des tennis, un club-house, des commerces et aussi des écoles privées. Pour ceux qui y vivent, les demandes et les règles sont toujours les mêmes : vivre à l'écart des centres-villes trop bruyants, bénéficier d'une sécurité maximum et ne croiser que des gens de son rang. Impossible d'y pénétrer sans autorisation, les gardiens veillent. Pendant six mois, les équipes d'Enquête Exclusive sont allées à la rencontre de ceux qui vivent dans ces ghettos pour riches. Aux États-Unis, dans le Nevada, nous avons suivi Ken et Michelle, les heureux propriétaires d'une maison à 5 millions de dollars dans la prestigieuse résidence fermée de McDonald Highland. Ils s'y sont installés pour la vue imprenable sur le Strip de Las Vegas, la sécurité, la tranquillité, le voisinage et les superbes installations sportives. La résidence est protégée nuit et jour et chaque entrée est filtrée, fichée. Aux États-Unis, 20 millions d'Américains vivent derrière ces murs dorés. Le concept est pourtant né en France au XIXe siècle, sous Napoléon III, dans les environs de Paris, au domaine de Montretout à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine). Depuis, de nombreuses résidences fermées ont ouvert un peu partout en France. Mais toutes ne sont pas réservées pour des propriétaires aisés. Une ville bat tous les records : Marseille. La cité phocéenne en compte aujourd'hui 1 500. Chaque année, des copropriétaires de lotissements, craignant pour leur sécurité, demandent à la mairie le droit de poser des barrières et de fermer des quartiers entiers. Loin du faste américain, la Résidence Coin-Joli (9e arrondissement) est fermée par des grilles infranchissables. Cela ne fait pas que des heureux, à l'intérieur comme à l'extérieur. Les pays émergents ont aussi leurs nouveaux riches qui plébiscitent cet habitat protégé. Nos équipes sont allées à Sofia en Bulgarie, le pays le plus pauvre de l'Union Européenne, avec un salaire minimum mensuel à moins de 300 euros. En périphérie de la ville, le promoteur Georgi Ranchev a bâti la première « Gated Community » de la capitale, où habitent l'ancien président et les cadres fortunés du pays. Ils ont ainsi accès à des équipements collectifs de luxe, protégés par des vigiles, des commerces et des espaces verts, loin du tumulte de la capitale et de ses quartiers populaires.