Enquête Exclusive

Sur la trace des nouveaux braconniers

Longtemps appelée « la chasse et la pêche du pauvre », le braconnage se propage de façon inquiétante dans nos régions. Le petit braconnier de campagne a laissé place à de véritables organisations criminelles, qui utilisent des techniques empruntées au trafic de drogue : go fast, armes, messageries cryptées, téléphones « jetables ». Aujourd'hui, les produits de notre terroir alimentent un business qui rapporte gros. Gros gibiers, huîtres, civelles (alevins de l'anguille), saumons sauvages ou oiseaux rares sont des cibles de choix pour les nouveaux braconniers. Et la police de l'environnement (agents de l'Office français de la biodiversité, garde-chasse, garde-pêche) est sur le pied de guerre : enquêtes au long cours, planques de nuit, écoutes, perquisitions et même courses-poursuites comme avec le grand banditisme. Nos équipes ont suivi la trace de Boris et Franck, deux braconniers qui multiplient les virées nocturnes pour tirer les sangliers. Ces dernières années, leur nombre a explosé en France. Pour le bonheur des braconniers et le malheur des agriculteurs qui voient leurs champs et leurs récoltes détruits par la prolifération de cet animal particulièrement vorace. Dans le sud-est, nous avons remonté les filières du trafic de chardonnerets. Kamel, passionné par cet oiseau – une espèce protégée mais très convoitée pour son plumage et son chant – déplore de voir certains éleveurs acheter des oiseaux braconnés. En dix ans, le nombre de spécimens a chuté de 50% en France. Sur le littoral atlantique, Philippe tente de protéger les civelles, de petites anguilles qui déchaînent les passions. Seule une poignée de pêcheurs a le droit de les capturer. Compte-tenu de leur prix de revente (jusqu'à 2 000 euros le kilo), un « cartel de la civelle » s'est organisé. Christophe, trafiquant, achète aux braconniers pour revendre à des grossistes espagnols. Ceux-ci utilisent les mêmes méthodes que les narcotrafiquants pour envoyer illégalement la marchandise en Asie où la civelle est très prisée. 75% des civelles ont disparu des côtes françaises, mais le braconnage continue de plus belle. Dans le Pays basque, Jean-Yves et son fils étaient pêcheurs professionnels de saumon dans la rivière de l'Adour. Aujourd'hui, ils sont braconniers, car cette pêche vient d'être interdite au nom de la protection de l'espèce. Mais eux refusent de s'arrêter, quitte à défier les garde-pêche. Enquête Exclusive au cœur d'une bataille bien française : police de l'environnement contre nouveaux braconniers.