Enquête Exclusive

Guerre des bandes : jusqu'à la mort !

Ces dernières semaines, les affrontements entre bandes de jeunes se sont multipliés en région parisienne, faisant au moins trois morts et de nombreux blessés. Comment expliquer un tel déchainement de violence ? Pourquoi les rivalités entre quartiers, qui ont pourtant toujours existé, se transforment-elles aujourd'hui en batailles rangées à l'issue fatale ? Crise économique, démission des parents, provocation sur les réseaux sociaux, inconscience totale des jeunes... les raisons sont nombreuses pour expliquer cette spirale meurtrière. Les équipes d'Enquête Exclusive vous proposent une immersion inédite au cœur de plusieurs bandes. Quel est leur mode de fonctionnement ? Quels sont leurs codes ? Comment ces bandes se procurent-elles leurs armes ? Et surtout pourquoi ces adolescents, dont certains n'ont que 12 ans, n'ont plus peur de mourir ? Nos journalistes ont passé plusieurs semaines dans le département de l'Essonne, particulièrement touché par ces batailles de rue. Il y a quelques jours, Toumani, 15 ans, membre de la bande de Quincy-sous-Sénart, est mort après un affrontement avec la bande rivale d'Épinay-sous-Sénart. De chaque côté, des adolescents armés de bâtons, de couteaux, de battes de base-ball et de mortiers. Aujourd'hui, Trésor, 14 ans, de la bande d'Épinay, ne quitte plus son quartier, il ne va même plus au collège par peur de représailles. La plupart du temps, ces guerres de bandes n'ont rien à voir avec le business ou le trafic de drogue. C'est juste une haine qui se transmet de génération en génération et qui, année après année, devient de plus en plus violente. En 2018, deux bandes rivales du 19e et 20e arrondissement de Paris s'étaient affrontées jusqu'à la mort. Un jeune de 17 ans avait succombé à une attaque au couteau. En sa mémoire, sa mère a créé le collectif « Les mères combattantes ». Les mamans de l'association scrutent les réseaux sociaux des adolescents de leur quartier. À la moindre alerte, elles se rendent sur les lieux de la bataille pour s'interposer. Nos journalistes ont aussi rencontré des anciens, comme Adama Camara, ancien délinquant et frère d'une victime. Aujourd'hui, il réunit les bandes rivales afin qu'elles s'affrontent, non pas avec les poings, mais avec les mots, lors d'ateliers d'écriture de rap. Mairies et polices (nationale et municipale) tentent aussi de lutter contre ce phénomène en scrutant, elles aussi, les réseaux sociaux, et en intervenant le plus vite possible pour s'interposer avant le drame. Mais parfois, face à l'inquiétante progression de ces guerres des bandes, il est déjà trop tard.