Enquête Exclusive

Haïti : la loi des gangs

À la suite de l'assassinat du président de la République de Haïti, Jovenel Moïse, par un commando armé à son domicile le 7 juillet dernier, le pays le plus pauvre des Amériques est au bord du chaos absolu. Déjà gangréné par l'insécurité et la corruption, Haïti risque, avec ce nouveau drame, de basculer dans l'anarchie généralisée. Comment ce pays, surnommé la « perle des Caraïbes », en est-il arrivé là ? Depuis des années, à Port-au-Prince, la capitale, les fusillades entre gangs sont quotidiennes en plein centre-ville. Et ces derniers mois, le kidnapping, devenu une véritable industrie, a atteint de nouveaux records (une dizaine de personnes en moyenne chaque jour). Le 11 avril dernier, deux religieux français, sœur Agnès et le père Michel, tous deux originaires de Bretagne, ont été enlevés par un gang alors qu'ils circulaient en minibus. Une rançon a été versée, mais ils n'ont pas été libérés. Le chef de gang le plus redouté d'Haïti est surnommé « Barbecue », pour sa manie de bruler ses ennemis et d'incendier leurs maisons. On ne compte plus ses victimes. En janvier dernier, il a fédéré neuf bandes armées de la capitale dans une organisation qu'il a baptisé « le G9 ». Exceptionnellement, nous l'avons rencontré dans son fief. Ancien policier de 46 ans, reconverti en bandit, Barbecue veut désormais se lancer en politique : « J'attaque les bourgeois et les profiteurs, pour redistribuer aux pauvres », assure-t-il. Mais pour beaucoup de Haïtiens, Barbecue est un criminel. Il y a un mandat de recherche contre lui, même si l'homme, apparemment protégé par le pouvoir, reste libre. La police s'avoue dépassée. Sa dernière opération a tourné au fiasco. Récemment, 5 membres de l'unité d'élite antigang ont été tués et les voyous, équipés d'armes de guerre, ont réussi à prendre le contrôle de l'un de leurs blindés que l'État haïtien a dû leur racheter 80 000 dollars ! Dans la communauté française, la psychose règne. Virginie, une humanitaire de 46 ans ne sort plus seule en voiture. Et quand ses enfants partent à l'école le matin, elle a peur de ne pas les revoir. Les bars et restaurants, habituellement fréquentés par les expatries, sont déserts. La plupart des hôtels sont fermés faute de touristes. Même le marché de l'adoption, important à Haïti, s'est effondré, depuis l'assassinat en décembre 2019 de deux parents français. Plongée dans le chaos haïtien, où les gangs font aujourd'hui la loi.