Enquête exclusive

Yémen : immersion au cœur d’une sale guerre

Depuis 2015, une guerre meurtrière déchire le Yémen. Situé à l’extrémité de la péninsule d’Arabie, cet ex-territoire du royaume de Saba, berceau de la civilisation et considéré comme l’un des plus beaux pays du monde, voit s’affronter des rebelles yéménites chiites Houtis et une coalition de pays arabes menée par l'Arabie Saoudite. Déjà plus de 10 000 tués, 60 000 blessés et 3,5 millions de déplacés pour une guerre qui se déroule loin des regards, et qui a entraîné une terrible famine. Pour la première fois depuis des années, une de nos équipes a pu se rendre auprès des rebelles houthis, dans l’une des régions les plus inaccessibles de la planète. À Sanaa, la vieille capitale, mais aussi à Al-Hodeidah, ville portuaire sur la Mer Rouge, nous avons enquêté sur l’embargo décrété par la coalition qui, chaque jour, tue et affame des civils. Cet embargo touche aussi le pétrole, délivré au compte-goutte. Toute l’économie des rebelles est au ralenti, y compris l’agriculture et la pêche, alors que les fonctionnaires ne sont payés que deux mois par an. Dans les hôpitaux, les lits des services pédiatriques débordent d’enfants mal-nourris, souffrants des symptômes de la famine. Les médecins s’interrogent aussi sur l’explosion du nombre de malformations et de cancers. Nous avons aussi enquêté sur les crimes de guerre de la coalition, comme ces bombardements meurtriers qui ont visé des cérémonies familiales. Sur place, l’avocat français des droits de l’homme, Joseph Bréham, a recueilli de nouvelles plaintes contre le Prince saoudien Mohammed Ben Salman, et le Prince des Émirats arabes unis, Mohammed Ben Zayed, coupables à ses yeux de crimes de guerre. Nous avons enfin découvert de surprenants liens entre l’organisation terroriste Al-Qaïda, les Saoudiens et le gouvernement yéménite en exil. Selon de nombreuses sources, ils combattent étroitement contre les rebelles Houthis. Mais dans cette « sale » guerre, aucun camp n’est plus vertueux que l’autre. Les rebelles houthis, officiellement appelés Ansar Allah, tiennent d’une main de fer - et quasiment en otage - les vingt millions de Yéménites qui vivent dans leur zone. Quant à leur armée, elle n’épargne ni les civils, ni les enfants soldats qu’elle n’hésite pas à enrôler dans ses rangs.