Enquête exclusive

Finlande : le pays du bonheur face à la menace russe

Tout au nord de l’Europe, malgré des hivers glacés et interminables, la Finlande est réputée pour son extrême douceur de vivre. Le pays a même été sacré quatre années de suite « le pays le plus heureux du monde », selon un classement international des Nations unies (World Happiness Report). Un pays riche, à l’avant-garde en termes d’égalité homme-femme, avec un système éducatif parmi les meilleurs au monde, une couverture sociale haut-de-gamme, une nature somptueuse, très peu d’insécurité et jusqu’ici paisible… Mais le 24 février dernier, la Finlande a été percutée de plein fouet par le déclenchement de la guerre en Ukraine. Ce pays, de 6 millions d’habitants, partage une frontière de 1 340 kilomètres avec la Russie. Jusqu’ici, son gouvernement appliquait une politique de stricte neutralité vis-à-vis de Moscou. Mais les cartes viennent d’être rebattues : la Finlande, pays membre de l’Union européenne, envisage de rejoindre l’OTAN et de livrer des armes à l’Ukraine. Le pays compte une communauté russophone de 30 000 personnes et de nombreux Russes, craignant le blocage de leur pays, ont déjà traversé la frontière pour rejoindre Helsinki. Dans la capitale finlandaise, les autorités se préparent au pire depuis la guerre froide : des bunkers géants ont été construits dans les entrailles de la ville pour accueillir la population en cas d’attaque. Alors le modèle finlandais risque-t-il vaciller face aux bruits de bottes du grand voisin russe ? Le bonheur à la finlandaise et ses spécificités sont-ils menacés? Entre saunas et nage en eaux glacées, forêts profondes et prisons ouvertes, musique « trash métal » à l’école et dans les églises, gouvernement à majorité féminine et dirigé par une femme (Sana Marin, la première ministre, a 35 ans) et tensions à la frontière russe, immersion dans un pays méconnu, prêt à tout pour conserver sa douceur de vivre et son modèle unique.