Rwanda : un miracle africain à marche forcée
Après avoir vécu l’un des pires génocides de l’histoire en 1994, le Rwanda s’est transformé en l’un des pays les plus attractifs et les plus sûrs du continent africain. Un incroyable rebond qui se traduit par une croissance économique de près de 10 % par an. Séduits par le dynamisme du pays, ses avantages fiscaux et sa sécurité, les investisseurs étrangers accourent. Kigali, la capitale, se développe à grands pas (1,75 millions d’habitants aujourd’hui contre 300 000 au début des années 2000). Buildings, hôtels de luxe et salle de congrès ultra modernes ont remplacé immeubles décrépis et quartiers insalubres. Le pays aux mille collines est également devenu une destination touristique de luxe très en vogue, grâce notamment à ses paysages naturels spectaculaires, et surtout aux gorilles des montagnes. Une renaissance, qualifiée de « miracle rwandais », en partie orchestrée par l’homme fort du pays : Paul Kagame, président de la République depuis mars 2000. En quelques années, l’ancien leader rebelle est parvenu à redresser son pays et à calmer les tensions communautaires. Mais à quel prix ? Élu pour la quatrième fois consécutive en 2024 avec 99 % des voix, Paul Kagame ne laisse guère de place à l’opposition et à la critique. Le Rwanda est devenu l’un des pays les plus surveillés et les plus contrôlés du monde. Les opposants politiques et les rares journalistes indépendants sont régulièrement arrêtés, forcés à s’exiler ou disparaissent carrément. Les petits toxicomanes et les enfants des rues sont chassés tels de dangereux criminels. Beaucoup sont conduits dans des centres de redressement isolés, comme à Iwawa, une étonnante ile prison sur le lac Kivu, sorte d’Alcatraz rwandais d’où personne ne s’échappe. Et si le pays est une terre d’accueil pour les grandes fortunes, 40 % de la population vit encore sous le seuil de pauvreté. Enquête inédite sur le Rwanda, un miracle à marche forcée.