Sexe et amour en Espagne
L’Espagne est aujourd’hui l’un des pays les plus progressistes d’Europe en matière de mœurs. Une modernité radicale qui bouscule parfois des traditions catholiques, toujours fortement ancrées au sein de la société. À Barcelone, une partie de la jeunesse considère la nuit comme un espace de liberté absolue. À l'image de l'influenceuse féministe Noemí Casquet, adepte du polyamour et des relations non exclusives, ces jeunes revendiquent le droit de vivre sans tabou face aux jugements qui stigmatisent encore le comportement des femmes. Mais l’Espagne catholique ne renonce pas pour autant à son influence. Don Fernando, un prêtre appartenant à l’Opus Dei, surnommé le « curé Tinder », organise des rencontres amoureuses et orchestre lui-même les mises en relation entre messe et randonnées culturelles afin de réévangéliser le pays. En réaction à la montée en puissance des mouvements féministes, une nouvelle mouvance masculiniste gagne du terrain sur les réseaux sociaux. Incarnée par des influenceurs de plus en plus jeunes, elle séduit une partie de la nouvelle génération en prônant un retour radical aux valeurs traditionnelles. Derrière ces fractures culturelles se cache un enjeu démographique majeur : l’Espagne enregistre aujourd'hui l'un des taux de natalité les plus bas d’Europe. Principalement freinés par les difficultés économiques, les jeunes couples peinent à s’émanciper, se marient de plus en plus tard et n’ont généralement qu’un seul enfant. Ce krach démographique a fait la fortune du business de la procréation assistée. Aujourd'hui, plus de 10 % des Espagnols naissent grâce à des techniques de procréation assistée, contre à peine 4 % en France. Symbole de cet eldorado économique, une clinique privée de Valence fondée en 1990 est devenue un géant mondial pesant près d’un milliard d'euros. Ce groupe profite d’une législation ultra-souple qui autorise notamment le don rémunéré de gamètes ou la fécondation in vitro jusqu’à l’âge de 50 ans, des pratiques toujours interdites en France.