Zone interdite

La police a-t-elle encore les moyens de nous protéger ?

Face à la montée de l’insécurité, sa mission n’a jamais été aussi essentielle. Mais la Police nationale a-t-elle encore les moyens de nous protéger ? Alors que le nombre d’affaires à traiter augmente sans cesse, de nombreux commissariats sont en sous-effectif chronique. Au point que plus de deux millions de plaintes seraient aujourd’hui en attente. Chez certains policiers, le malaise est profond : surcharge de travail, burn out, nombre record de démissions… Durant des mois, Zone Interdite a accompagné dans leur quotidien policiers de terrain et futures recrues en école de police pour tenter de comprendre les raisons de cette crise sans précédent. Après les attentats de 2015, la cote de popularité des policiers était pourtant au plus haut. C’est à cette époque qu’Albin s’est engagé avec enthousiasme. Affecté au commissariat de Montbéliard (Doubs), le jeune gardien de la paix a découvert, depuis, une réalité moins rose. Confrontés au manque d’effectifs, son collègue Sylvain et lui doivent régulièrement prioriser leurs interventions. Comme beaucoup de villes moyennes, Montbéliard a vu la délinquance exploser depuis quelques années. Et Albin mesure l’hostilité croissante d’une partie de la population à l’égard de la police. Régulièrement pris pour cible, surchargés de travail, de nombreux policiers se retrouvent aujourd’hui épuisés psychologiquement. Officier de Police Judiciaire, Yohan Dechaine fait régulièrement le tour des commissariats avec son association « SOS policiers en détresse ». Son objectif, prévenir les suicides, plus nombreux que dans d’autres professions, en formant des policiers à repérer leurs collègues en souffrance. Dans un témoignage rare, Christophe, ancien brigadier-chef, raconte comment une succession d’astreintes et de nuits sans repos l’a conduit à frapper un suspect qui, selon lui, lui avait craché au visage. Jugé et suspendu, il sombre et tente de mettre fin à ses jours. Son récit bouleversant illustre l’état de vulnérabilité de certains policiers. Face à la crise des vocations qui s’est installée, les écoles de police tentent de recruter malgré tout. Lucas, 24 ans, et Pascal, 37 ans, viennent d’intégrer celle de Montbéliard. Ils rêvent de devenir policiers de terrain. Durant douze mois, ils vont devoir apprendre les techniques d’interpellation et le maniement des armes ou encore s’initier au droit pénal. Une fois sur le terrain, ils n’auront souvent qu’une fraction de seconde pour prendre les bonnes décisions. Leur formateur, Christophe, tente de leur enseigner les bons réflexes. Mais les erreurs commises par certains de ses élèves, à seulement quelques semaines de la fin de leur formation, le laissent parfois songeur. Selon un cadre d’une école, que nous avons interrogé, les critères d’admission auraient été considérablement abaissés afin de pouvoir accueillir et former un maximum de nouveaux policiers. Ces recrues seront-elles toutes au niveau une fois sur le terrain ?