Amsterdam : fini la fête et la fumette ?
L'alcool, le sexe, la drogue : pendant des décennies, la capitale néerlandaise a tout assumé. Et en a tiré profit. Amsterdam est devenue la première destination européenne des enterrements de vie de garçon, envahie par des millions de fêtards. Mais aujourd’hui, ses 90 000 habitants n’en peuvent plus : canaux pollués, rues jonchées de déchets et touristes qui urinent dans les poubelles leur font vivre un enfer. Els Iping, ancienne élue locale, a compilé les preuves, traîné la mairie devant les tribunaux et gagné. Son collectif baptisé « Arrêtons cette folie », a forcé les autorités à agir. La méthode est choc : une taxe de séjour à 33 % du prix de la nuit (la plus élevée au monde), l’interdiction des navires de croisière, et surtout la fin des Airbnb dans le centre historique. D'ici 2026, la municipalité aura investi 270 millions d'euros pour tenter d’en finir avec un tourisme jugé « bas de gamme ». Le célèbre Quartier Rouge concentre à lui seul tous les excès. Haut lieu de la prostitution : ses 250 vitrines, ses bars et ses coffee shops représentent 1 milliard d'euros de revenus annuels. La mairie veut aujourd'hui déplacer les 3 000 travailleuses du sexe dans un bâtiment en périphérie : l’« Erotic Center ». Une décision qui provoque la colère des prostituées, mais aussi des propriétaires des fameuses vitrines. Des hommes d’affaires, comme Pim van Burkn qui en détient une quarantaine, elles lui rapportent autour de 2 millions d'euros par an et il n’est pas prêt à laisser filer son pactole. Sur le terrain, le brigadier Lex Wind patrouille chaque nuit dans ce quartier chaud qui enregistre le record d'arrestations du pays. Guidé par plus de 1 300 caméras, il délivre chaque week-end une cinquantaine de bannissements, les fautifs doivent quitter les lieux parfois pour plusieurs mois. Nos équipes ont suivi la Team Bert, une brigade de policiers en civil qui se fondent dans la foule pour prendre dealers et délinquants en flagrant délit. Les célèbres coffee shops vivent eux aussi une révolution silencieuse. La mairie en a fermé plus de la moitié en vingt ans. Ceux qui restent se transforment peu à peu en boutiques de luxe et on achète son cannabis dans une ambiance de marbres et de dorures. À 100 kilomètres d'Amsterdam, le gouvernement expérimente la première production légale et traçable de cannabis aux Pays-Bas. Une usine ultra-sécurisée qui produit 150 à 200 kilos par semaine. Paradoxe absolu : pas un gramme de cette herbe ne sera vendu à Amsterdam car les coffee shops continuent de se fournir illégalement.