Enquête exclusive

Foi, fortune, influence : l'Église mormone à la conquête du monde

Les Mormons sont aujourd’hui plus de 17 millions de fidèles à travers le monde. Chemises blanches impeccables, cravates sombre et sourires engageants : les jeunes missionnaires de l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours qui arpentent nos rues sont le fer de lance d’une organisation à la puissance financière colossale. Une église, aux activités ultra-diversifiées, qui connait aujourd’hui une croissance planétaire. Pendant plusieurs mois, Enquête Exclusive a exploré les coulisses de cette "success story" religieuse, du quartier général de l’Église à Salt Lake City, dans l’Utah (États-Unis), aux petites villes de France où elle essaime avec succès. Tout commence dans l'Utah, au Missionary Training Center (MTC). Chaque semaine, des centaines de jeunes hommes et femmes, à peine sortis de l’adolescence, quittent leur famille pour propager leur foi aux quatre coins de la planète. Ils apprennent une nouvelle langue en six semaines, abandonnent leur smartphone et leurs réseaux sociaux pour passer deux ans au service exclusif de l’Église. Enquête Exclusive a suivi Hunter, 18 ans, de l’Utah jusqu’à Évry, en région parisienne. Sa mission : convertir de nouveaux fidèles français, avec une méthode de prospection digne d'une force de vente ultra-organisée. En 2024, l’Église a converti 308 682 personnes à travers le monde, un record depuis 25 ans. L'Église modernise son image et peut compter sur une nouvelle génération de "Mormon Influencers". À l'image d’Haneia, ancienne candidate de télé-réalité française, installée en Utah. Elle expose sa nouvelle vie, pure et connectée, à ses 300 000 abonnés. L’objectif : montrer qu’on peut être mormon, glamour et épanoui. Mais c’est au sein de la Brigham Young University (BYU) qu’est préparée la future élite de l’Église. Parmi les anciens, l’autrice de la saga « Twilight », Stephanie Meyer, ou Mitt Romney, ex-candidat à la présidence des États-Unis. Ce campus de prestige, où 98 % des 35 000 étudiants sont mormons, offre des infrastructures de rêve à prix ultra-compétitifs pour les fidèles. Mais la contrepartie est stricte : un "code d’honneur" interdit alcool, tabac, café, fêtes et relations charnelles aux étudiants, sous peine d’exclusion immédiate. Une discipline de fer qui forge les futurs cadres de la finance et de la politique américaine. Car l'Église mormone est bien plus qu'une institution spirituelle : c'est un empire économique. Grâce à la dîme - ses fidèles lui versent 10 % de tous leurs revenus - elle a bâti un patrimoine estimé à plus de 250 milliards de dollars. L'Église possède des quartiers entiers à Salt Lake City et d'immenses exploitations agricoles à travers le monde. Grâce à ses infrastructures, l’Église fabrique ses propres conserves alimentaires, lessives, pâtes à tartiner ; autant de produits mis à la disposition des nécessiteux au travers d’une logistique humanitaire impressionnante. Si, en France, elle n’est pas considérée comme un mouvement sectaire, d’anciens fidèles dénoncent un système d’emprise. Magali, ex-mormone, se souvient d’entretiens de "dignité" intrusifs dès l'adolescence et des rituels étonnants pratiqués dans les temples, comme le "baptême des morts". Ce rite, consistant à baptiser des défunts à titre posthume, a fait scandale lorsque d’anciens fidèles ont révélé que des centaines de milliers de victimes de la Shoah - dont Anne Frank - ont été baptisées par procuration par l’Église, mais aussi le Mahatma Ghandi, le Général de Gaulle ou encore Elvis Presley. L’Église mormone a mis fin à ces excès et limite désormais cette pratique à la seule famille des fidèles.